Une péniche en SCIC, transformée en Bistro culturel

Par / Il y a 3 années / Culture / Pas de commentaires

Cette péniche, transformée en bistrot spectacle est amarrée à Dijon (21). Au service des droits culturels, elle valorise les artistes et les producteurs locaux.

 

cancale

La Péniche Cancale est l’illustration concrète d’une autre façon de s’investir dans la vie culturelle et d’entreprendre. Cette association est passée du statut de SARL-SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), en celui d’une SA-SCIC et rassemble aujourd’hui près de 200 sociétaires. A la croisée du secteur privé / secteur public, le projet soutient la scène artistique régionale, valorise les producteurs locaux tout en donnant une place prépondérante aux habitants et à la redynamisation du quartier. Elle se veut résoluménet citoyenne.

 

Ancrée dans la vie de quartier
Mise à la retraite en 2007, après plus d’un demi-siècle passé au service du transport de marchandises, la Péniche Cancale trouve un second souffle d’existence grâce à Benjamin Magnen et Côme Gallay, anciens camarades de collège, et Kiko Rufer, artiste. Ils choisissent de la transformer en bistrot culturel flottant et créent l’associationL’Autre Bout du Monde, avec un double objectif, celui de proposer une programmation régulière, empreinte de diversité artistique et de faire vivre un vrai bistrot de proximité. « Le premier élu contacté a été celui du quartier, les riverains ont été nos premiers interlocuteurs, nous voulions les rassurer sur les nuisances sonores mais surtout faire remonter leurs attentes avant de nous installer. »

 

Le projet rejoint les préoccupations de la ville de Dijon. Pour Christine Martin, adjointe au maire, déléguée à la culture, il représentait « une belle opportunité de faire vivre ce quartier du port agréable et pourtant méconnu, d’autant que des mutations s’y préparent : arrivée du tram, installation de nouveaux logements…. Cet espace de convivialité et de créativité relié aux structures alentours correspondait à des envies et des besoins ».

 

Dès le départ, la Ville apporte un soutien logistique  (installation de l’électricité…), politique (pour faire accepter l’implantation permanente de la péniche) et financier par l’octroi d’une subvention. Toutefois, l’acquisition de la péniche et sa réhabilitation sont financées à 80 % par des fonds privés (des proches des initiateurs). Avant de lancer les travaux, les fondateurs se forment et visitent des lieux similaires en France : « on a pêché des idées un peu partout pour transformer et aménager cet espace contraint». Soucieuse du voisinage, l’association l’est aussi de l’environnement : utilisation de matériaux écologiques, mise en place d’une centrale de traitement des eaux usées… . En 2009, une nouvelle Péniche Cancale, coquette et chaleureuse, est inaugurée ! Grand Prix Macif 2010 du film d’économie sociale et solidaire, le documentaire Péniche Cancale, retrace une aventure culturelle et coopérative retrace la gestation et la concrétisation du projet.

 

Un bistrot gourmand qui prend des allures de cabaret 

La Péniche Cancale défend l’économie locale. Elle a choisi de mettre en avant les producteurs du terroir et les petites exploitations des environs. Et si, très honnêtement, elle reconnaît que tout n’est pas à 100 % bio et local, elle favorise majoritairement la proximité, les rencontres, la convivialité, la vie économique du secteur  à dimension humaine…  : «on ne voulait pas créer un lieu branché pour clients fortunés mais offrir un espace pratiquant des tarifs abordables… Faire sortir les gens de chez eux, les faire se rencontrer, se rassemb.ler, favoriser la découverte… On voulait créer un lieu accueillant, où l’on se sente bien en tant qu’artiste, en tant que client. L’idée, c’est de brasser les publics sans discrimination. On incite les flâneurs à prendre un billet pour un concert ou un spectacle alors qu’ils ne l’avaient pas prévu. Le dimanche, l’ambiance est plus familiale, on propose des animations conçues pour et par les habitants : malles de jeux pour les enfants, boums autour d’un goûter ou d’un thé… ». La palette d’activités est large et offre un décor atypique puisque les concerts, spectacles, animations, expositions, projections ou encore les conférences ont lieu dans la cale, ou sur le pont. cancale_Prowpuskovic_c_Pierre_Acobas2

 

Côté programmation et contrairement à d’autres salles de spectacle, la Péniche Cancale ne s’impose pas en interlocuteur unique, 80 personnes s’investissent régulièrement au sein de l’association, sous forme de comités : musique, théâtre, arts visuels… mais l’ensemble est coordonné par Benjamin Magnen, le directeur. Cette dynamique collective permet de prendre en compte la diversité artistique et culturelle, de relier amateurs et professionnels, de valoriser les groupes locaux (60 % des groupes programmés en moyenne).
La MJC, le centre social et d’autres partenaires du quartier sont également associés à la programmation. Chacun y exprime ses goûts, ses attentes, et peut débattre ou défendre ses options, en toute simplicité sans l’ombre dune hiérarchie parfois sclérosante «pas de culture d’en haut avec un grand C, ni de culture d’en bas ». Le dialogue y est ouvert et enrichissant. La Péniche Cancale apparaît comme un terrain d’expérimentation des « droits culturels ».

 

Evolution des statuts de la Péniche
En 2009, l’association se transforme en SARL-SCIC  grâce à l’appui de l’URSCOP, Union Régionale des Société Coopérative et Participatives   et « la Société Coopérative d’Intérêt Collectif nous a permis de sortir de ce montage juridique alambiqué qu’était le double statut association loi 1901 et SARL ».  Historiquement de nombreux cafés culturels ont utilisé cette structuration complexe : SARL d’un côté pour gérer l’activité bar et association de l’autre, pour organiser la programmation artistique et porter les subventions. Le passage en SCIC est une façon de mettre en cohérence le projet et le statut : « nous voulions combiner le volet commercial – licence IV – et le volet culturel non lucratif ; nous avions le souci d’entreprendre autrement vis-à-vis des salariés, des artistes, des bénéficiaires de nos action et plus globalement vis-à-vis du territoire. Nous revendiquons les valeurs de l’entreprenariat social ». Au départ, la SCIC comptait 99 associés, soit le maximum autorisé par une SARL-SCIC. Trois ans plus tard, la volonté d’inscrire encore davantage le fonctionnement de la Péniche Cancale dans une démocratie de groupes a accéléré le passage en SA-SCIC.  Les associés sont aujourd’hui près de 200 parmi lesquels on compte des salariés permanents car eux-mêmes au cœur des rouages du projet, ce qui n’est pas toujours le cas dans une association, on dénombre également les proches collaborateurs tels que les techniciens…, les  partenaires, les bénévoles… Ainsi, se côtoient artistes, habitants, voisins de ponton, professionnels de la culture, viticulteurs. La plus-value de la coopérative, c’est de regrouper les compétences de chacun. Le fait que tout le monde ne soit pas issu du milieu du spectacle apporte une vision complémentaire qui aide à prendre du recul et à rester le plus ouvert possible. Ça fait du bien d’être soutenus par plein d’énergies : dès l’ouverture, il y avait du monde autour de nous. ». Au-delà de leur présence (et conseils) lors des assemblées générales, les sociétaires, n’hésitent pas à donner des coups de main concrets : service en salle, accueil…

 

La Péniche Cancale reflète une aventure humaine et collective réussie. Chaque partenaire ayant eu à coeur de valoriser et de soutenir le projet pour qu’il puisse pérenniser son activité, pour qu’elle s’épanouisse et soit mise service de tous. Un bien bel exemple de l’ économie sociale et solidaire dans toute sa dimension humaine.

 

Source : 

 

Une péniche en SCIC“, fiche extraite du Guide « Développer les projets artistiques et culturels selon les principes de l’économie sociale et solidaire » réalisé par Opale, soutenu par la Fondation Crédit Coopératif (à paraître mi 2015)

 

Contacts : 
www.penichecancale.com 
03 80 43 15 72
contact@penichecancale.com 

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