SAW-B ou l’histoire d’une nouvelle économie sociale en Belgique

SAW-B ou l’histoire d’une nouvelle économie sociale en Belgique

Si le concept de «nouvelle économie sociale» s’est implanté dans les années ‘80, il est le fruit d’une lente maturation et des expériences de plusieurs utopistes au début des années ‘60. Ces derniers étaient alors animés par le désir de s’écarter progressivement des «institutions» chrétiennes et socialistes qui caractérise «l’ancienne» économie sociale, sans pour autant en rejeter les principes fondateurs. Le début des années 1960 verra la création des premiers Ateliers protégés et l’émergence des courants communautaires, galvanisés par mai 1968 et son élan libertaire. Malgré le déclin des communautés au début des années 1980, les habitats groupés s’inspirent aujourd’hui directement de leur esprit. Le terme «d’économie sociale» n’apparaîtra pourtant qu’au milieu des années 1970, dans une France en pleine «effervescence» coopérative. En effet, ces années marquent l’essor des coopératives de production et le déclin progressif des coopératives de consommation. De ce bain coopératif et solidaire naîtront de nombreux autres concepts et initiatives variées : les maisons médicales, le développement autocentré, le commerce équitable, les magasins du Monde, le développement durable et les groupes environnementaux. Devant tant d’initiatives et devant le succès de cette troisième voie, la nouvelle économie sociale va peu à peu se structurer autour d’organisations désireuses de rassembler les forces et de promouvoir le mouvement. La création de SAW au début des années ‘80 s’inscrit dans cette vision utopiste et ce désir de faire de l’économie autrement. «Défoulez-vous un moment, les amis ! Traitez-moi de tous les noms dont la bien-pensance va m’affubler… Cela ne m’empêchera pas d’avoir raison et de garder ma foi dans la tension vers l’utopie.» Cet extrait du « Testament d’un utopiste » rédigé de la plume du fondateur de SAW, Max Delespesse (Philosophe et historien socialement engagé), donne d’ores et déjà le ton du travail qui a été et qui continue à être mené pour le développement d’une autre mondialisation basée non pas sur le seul capital physique mais également sur l’humain pour reprendre les termes de Max Delespesse. «Je ne sais pas dans quel présent nous sommes et pourtant seul existe le présent. Pour comprendre l’aujourd’hui, il faudrait connaître l’avenir, attendre ce qu’on appelle le recul de l’Histoire.» Puis il se tourne vers l’économie sociale au cours des années ‘60-’70 quand l’autogestion est à l’ordre du jour. À cette époque, on assiste à la reprise en coopératives, par les travailleurs, de sociétés faillies. Cette tendance à l’apparition spontanée de coopératives se généralise et donne lieu à la volonté de définir une nouvelle forme de gestion : la coopération. La coopérative nécessite un engagement de chacun à tous les échelons. La famille constitue pour Max Delespesse le lieu fondamental de l’utopie qu’il définit dans son ouvrage. Mais il met tout de suite en garde contre les «faux» besoins qui amènent dès lors les associés à se jalouser les uns des autres. «On ne peut vivre indéfiniment aux limites. Il y faut une force, un esprit et peut- être un Esprit». Pour Max Delespesse , l’utopie n’est pas un état figé mais, au contraire, une tension permanente que la société se doit de maintenir sous peine de dériver vers un capitalisme aux dommages ravageurs pour les exclus du train de la mondialisation.

C’est au Centre universitaire de Charleroi (CUNIC) que débute l’histoire de SAW, en 1980. A l’époque, Max Delespesse a dans l’idée de rassembler les initiatives wallonnes autour d’un même projet, le Carrefour des Alternatives. Quatorze ans plus tôt, il avait déjà pris l’initiative de réunir les nouvelles communautés qui s’étaient développées en Belgique et à l’étranger sous la forme du Centre Communautaire International (CCI). Au début des années ‘80, le mouvement communautaire s’est disloqué mais un certain nombre de ces anciens membres commencent à réaliser des nouvelles coopératives et des entreprises alternatives à pertinence économique et sociale. En Europe, les modèles coopératifs hollandais et français, mais aussi anglais, ont en commun la caractéristique de fonctionner en agences subsidiées partiellement par l’État. Outre-atlantique, le Québec, proche de la Belgique par ses problèmes «linguistico-économiques», n’est pas en reste. Créée en 1977, la Société de Développement Coopératif (SDC) est un organe mixte (secteurs associatif et public) qui aidera au développement de près de 300 entreprises nouvelles en deux ans. Enfin, le cas d’espèce de Mondragon, fédération de 137 coopératives principalement industrielles au Pays Basque espagnol, permet de faire taire les critiques portant sur la structure et la gestion des coopératives. Tandis qu’un organisme financier, lui-même structuré en coopérative, récolte l’épargne locale et aide à la création de nouvelles structures, la base des travailleurs détient à la fois le capital argent et le capital travail. Tous ces exemples sont alors le signe encourageant du regain évident du mouvement coopératif. Le Carrefour des Alternatives, qui ne durera en termes absolus qu’une année, représente cependant un tournant majeur dans SAW en devenir. L’idée d’une coopération européenne sera lancée en 84.

Aujourd’hui SAW devenu SAW-B fête son  25ème anniversaire !  Ce n’est ni une fédération, ni un groupement représentatif, ni un collectif, ni une alliance, … SAW-B est un lieu de solidarité. Cette appellation fait sans cesse réfléchir sur notre identité, jamais donnée, toujours à redéployer. Leur plateforme met à disposition une multiplicité de services, dont l’accompagnement de projets et le conseil aux entreprises sociales ou encore des animations, conférences et formations…

SAW-B est un lieu d’échange, où la question du pouvoir ne se pose qu’en terme de «pouvoir changer le monde».

 

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