Pourquoi opter pour les circuits courts?

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Pourquoi opter pour les circuits courts?

Scandales sanitaires et flambée des prix… Les producteurs français et les consommateurs en ont ras le bol ! A son échelle, chacun tente désormais de faire évoluer sa façon de faire. Révolution amorcée pour une tendance pas si nouvelle… le locavorisme. 

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Les faits sont clairs :  25 % des Français n’ont plus confiance dans la qualité des produits achetés en supermarché, selon  l’étude de l’Institut de sondage, Toluna. La cause de cette dévalorisation de la grande distribution ? Findus, Lactalis, ou encore les œufs au fipronil… Ces nombreux scandales qui ont réveillé la conscience des consommateurs. “Les Français se sont rendu compte que nous allions peut-être un peu trop loin dans notre façon de consommer. Il y a trop d’intermédiaires, entre la culture d’un aliment et son arrivée en magasin. Il fallait donc remettre en question nos habitudes alimentaires pour une vie plus saine”, explique Mathilde Golla, journaliste au Figaro et autrice du livre 100 jours sans supermarché. Le premier guide des circuits courts.

Face à ce constat, les Français sont de plus en plus nombreux à éviter les supermarchés, pour un circuit de distribution dans lequel intervient au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur. En d’autres termes, c’est ce que l’on appelle un circuit court ou un point de distribution locavore. “J’ai commencé à me méfier de la grande distribution lorsque j’ai su que quasiment tous les aliments de nos supermarchés étaient modifiés, et que l’on en ignorait la provenance ou encore les méthodes de production. Je ne veux pas apprendre dans dix ans, que j’ai un cancer à cause des pesticides que j’ai pu manger”, témoigne Emily, jeune infirmière de 23 ans.

“La raison qui m’a poussé à relever le défi des 100 jours sans supermarchés, c’est le triste sort, d’un laitier normand, contraint d’arrêter son exploitation et de partir à la retraite plus tôt que prévu, car ses productions étaient vendues à perte à la grande distribution. Le litre de lait lui coûtait un peu près 30 centimes à produire et la grande distribution le lui rachetait à un peu plus de 20 centimes, précise Mathilde Golla. J’ai décidé de faire ma propre enquête. Je me suis rendu compte que 1 agriculteur sur 3 ne vivait pas de son métier, et que 10 % d’entre eux étaient au bord du dépôt de bilan. Les personnes que j’ai pu rencontrer m’ont tout de suite orienté vers les circuits courts.  Au départ, j’ai voulu tester l’expérience pendant un mois, puis je l’ai prolongé l’expérience à 100 jours et aujourd’hui, je suis définitivement locavore.”

Une solution bénéfique pour tous

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Les circuits courts présentent de nombreux bénéfices. D’un point de vue économique, ils permettent aux locavores d’économiser beaucoup d’argent. “En circuit court, les prix des aliments et des produits d’entretien brut sont considérablement moins cher qu’en grande distribution. L’exception à la règle, ce sont les produits artisanaux, mais cela s’explique puisqu’ils demandent beaucoup plus de main d’œuvre”, indique Mathilde Golla. Le réseau marseillais des associations de consommateur et circuit court, Les Paniers Marseillais a établi une étude comparative entre les prix de leurs fruits et légumes, et ceux vendus en grande surface et en magasin bio. Les résultats sont plus que prometteurs : un panier de fruits et légumes Le Panier Marseillais, coûterait 1,3 fois moins cher qu’en hypermarché et 2 fois moins cher qu’en boutique spécialisée bio. Cette baisse des prix tient également au fait qu’il y est beaucoup moins d’emballages et d’intermédiaires. “En plus de faire des économies, grâce aux circuits courts je sais à qui profite mon argent : aux producteurs”, ajoute Laura, étudiante de 25 ans. En effet, grâce à ces derniers, les agriculteurs peuvent fixer le prix de leurs produits en fonction de leurs coûts de production.

A l’échelle environnementale, le locavorisme diminue l’empreinte carbone engendrée par les transports, ou encore la mise en emballage. La proximité avec les producteurs permet de revenir à des cycles (saisonnalité) et à des quantités de consommation plus naturelles, et donc d’éviter le gaspillage alimentaire. Enfin, la majorité des agriculteurs de circuit court, ont pour valeur de ne pas utiliser de produits chimiques.

Manger en circuit court présente de nombreuses vertus pour la santé. Tout d’abord, comme les produits sont locaux et de saison, les agriculteurs peuvent les cueillir à maturité (à l’inverse des supermarchés), et ils conservent leurs nutriments, vitamines et goût. “Lorsque j’ai commencé mon défi, j’ai vite observé que j’avais gagné en énergie et que la sensation de satiété arrivait plus rapidement quand je mangeais. Je pensais que cela était dû à l’enthousiasme du défi, mais tout de suite des diététiciens et nutritionnistes m’ont affirmé que c’était dû à mon changement d’alimentation”, confie la journaliste Mathilde Golla.

Pour Emily, manger en circuit court a même réduit ses problèmes de santé : “J’ai fait une prise de sang, il y a six mois, lorsque je n’avais pas encore recours au locavorisme, et mon taux de sel dans le sang était élevé. Dernièrement, j’ai fait une nouvelle prise de sang et mon taux de sel dans le sang a clairement diminué !”  Enfin, dernier avantage des circuits courts : il facilite l’échange humain. “Grâce à eux, je peux échanger avec les fournisseurs sur le mode de production. En les sollicitant, j’ai l’impression de redorer un peu leur métier. Les GMS (Grandes et moyennes surfaces) leur font perdre énormément d’argent”, affirme Laura.

Malgré les nombreux avantages, plusieurs contraintes subsistent. La première étant celle d’accepter de changer ses habitudes et son mode de vie. “Nous sommes tellement accoutumés à consommer tout et n’importe quoi, à n’importe quel moment, que l’on va vouloir tout prévoir au dernier moment. S’engager dans les circuits courts, c’est savoir s’organiser et anticiper à l’avance ses achats, fini le paquet de chips à 22 h 00 au supermarché !” – désigne Mathilde Golla. Ensuite, vient celle du foncier en zone urbaine. En effet, dans une région comme l’Île-de-France, il est plus difficile de trouver des fermes, qu’en région Bourgogne-Franche-Comté, par exemple.

Quelles sont les alternatives possibles ?

© CC/La Ruche qui dit oui ! de Noisy-le-Grand (93)

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tout produit existe en circuit court (fruits, légumes, viandes, poissons, produits d’entretien, produits d’hygiène, cosmétiques, etc.).  Pour pouvoir consommer local à 100 %, il faudra opter pour plusieurs alternatives. Pour les produits alimentaires, il existe les Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). L’origine du mouvement des Amap est né au Japon dans les années 80 avec les Teikei (signifiant en français “coopération ou collaboration”), qui sont un système de partenariat entre les producteurs d’une ferme et un groupe d’individus qui permet de contractualiser les relations entre une ferme et un groupe associatif. Les Amap fonctionnent de la même manière. “Le fonctionnement d’une Amap est simple ! Comme dans toute association, chaque mangeur (terme utilisé par les Amap pour remplacer le terme consommateur, qui renvoie à distribution industrielle, NDLR) doit adhérer à notre association. Ensuite, le mangeur devra signer un contrat avec un producteur de façon à ce que le coût de production de chaque producteur soit préfinancé. Dans mon Amap, si vous signez un contrat pour un demi panier de légumes chaque semaine, vous payerez 9,50 euros par semaine. La livraison se fera à domicile. Notre démarche est militante donc si une récolte est moins bonne, le prix ne bougera pas” souligne Maud Granger Remy, membre de l’Amap du 15e arrondissement de Paris, et administratrice du réseau des Amap d’Île-de-France.

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Autre alternative possible : le réseau de communautés d’achat direct aux producteurs locaux, La ruche qui dit oui ! A la différence des Amap, cette dernière est plus flexible et non militant. On peut y trouver des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, produits d’hygiène ou encore des produits d’entretien. Pour y adhérer, il suffit de s’inscrire dans la ruche la plus proche de chez vous sur internet. Une fois inscrit, l’abeille (nom donné au consommateur par La Ruche qui dit oui !, NDLR) pourra sélectionner dans un catalogue les produits qui l’intéressent. “Les prix de chaque produit sont fixés au poids ou à la pièce par le producteur, en sachant qu’une commission de 8 % est attribué à la ruche. Suivant les ruches, l’abeille devra aller chercher sa commande tel ou tel jour de la semaine”, révèle Mélanie Zak, responsable de la ruche de Noisy-le-Grand (93).

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Parmi les autres solutions alimentaires, vous pouvez opter pour des plateformes en ligne comme le Comptoir local, les ventes directes à la ferme ou encore les marchés organisés plusieurs fois par mois, par les Chambres du commerce et de l’industrie. Si vous souhaitez en revanche, vous orientez vers les plateformes spécialisées, Okadran, livre de la viande bio sous deux jours. Pour le poisson, il y a aussi des alternatives qui se créent : il y a par exemple la plateforme Poiscaille. “Pour les produits d’entretien, c’est simple : le savon noir, le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude sont vraiment efficaces. L’avantage avec ces produits-là, c’est qu’ils durent deux fois plus que ceux que vous achetez au supermarché. Pour les produits d’hygiène, Lamazuna propose des alternatives pour les brosses à dents plus durables (avec un manche en bois, et une tête de brosse jetable). Si vous ne souhaitez fabriquer vos propres cosmétiques Aroma Zone peut vous sauver la vie !”, conclut l’experte, Mathilde Golla.

Sabrina Alves

 

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