L’ESS, une nouvelle alternative?

L’ESS, une nouvelle alternative?

On ne va pas bouder notre plaisir en vous recommandant de lire l’un des derniers ouvrages de Philippe Frémeaux, éditorialiste et enseignant, qui fut très longtemps directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques.

 

philippe-fremeaux

Un excellent investissement en terme de rapport qualité-prix (12 €) pour qui veut découvrir ou mieux comprendre ce que recouvre aujourd’hui l’Économie Sociale et Solidaire dans le paysage de l’économie française. Salué par le prix spécial du jury du Prix du livre sur l’ESS 2014, ce livre (3e édition augmentée) a surtout le mérite d’être honnête intellectuellement, bien qu’écrit par un militant de l’ESS! Mais grâce à son expertise et à sa maturité politique, le journaliste-économiste Philippe Frémeaux a su prendre le recul nécessaire pour ne pas faire de l’ESS un monde de doux rêveurs… 
Oui, l’ESS peut être une alternative au sein de l’économie capitaliste en se voulant au service de ses adhérents, sociétaires ou coopérateurs. Mais pour cela, insiste-t-il, c’est toute l’économie qu’il faudrait changer… Un chantier trop vaste pour les acteurs de l’ESS qui, à défaut d’un discours unifié, ne constitue pas un réel mouvement social, et par conséquent ne peut pas peser sur les choix des pouvoirs publics. Trop dépendante à l’égard de l’argent public, l’ESS se borne trop souvent à la défense de ses intérêts spécifiques pour avant tout pérenniser ses propres structures. Sans compter que parfois, ce petit monde est déchiré par des querelles et divisions qui, du coup, limitent son action. 
Il est dommage, regrette Philippe Frémeaux, que ces 2,3 millions de salariés, ces 38 millions de mutualistes et ces 16 millions d’adhérents aux associations, n’aient pas le sentiment de participer à un projet politique. Il reste que le potentiel de développement de l’ESS est considérable, car sur l’ensemble des territoires où elle s’exerce, elle répond à des besoins. Mais pour aller plus loin, il conviendrait que ces 160.000 organisations soient parfois plus exigeantes au regard des valeurs qu’elles avancent, notamment en terme de démocratie interne. Ainsi, il ne suffit pas par exemple d’être une banque coopérative pour être solidaire… 
Il n’empêche que l’ESS, à mi-chemin entre public et privé, participe à la régulation du marché qui en a tant besoin. Et tant pis, semble concéder l’auteur, si parfois elle est récupérée, banalisée ou encore instrumentalisée. L’important, c’est d’être lucide sur ses vertus et ses contradictions…
Il n’en reste pas moins que pour changer d’échelle, nous dit-il, il faudra qu’elle gagne en visibilité !

 

 

« La Nouvelle Alternative ? Enquête sur l’Économie Sociale et Solidaire »
de Philippe Frémeaux (éditions Les Petits Matins-Alternatives Economiques)

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