‘Landes Demain’ pour des lendemains synonymes de cohésion sociale et d’économie collaborative

Le 7 et le 8 octobre prochain la ville de Castets, dans les Landes, accueillera la première édition de Landes Demain, un événement sous forme de rencontres nourries autour d’un même questionnement : la place du numérique en territoire rural.
Comment peut-on rompre l’isolement et mettre le numérique au service d’une meilleure cohésion sociale, quels en sont les enjeux, les défis,  les finalités sociales, quelles appropriations et quelles réponses peut-on apporter à notre société en mutation… autant de questions suscitées par le collectif la Smalah, implanté à Saint-Julien en Born, lui-même à l’origine de cette vaste réflexion sur fonds d’échanges et de solutions.

 

Mais qu’entend-on par numérique ?

Ce vocable a surgi dans nos vies en moins de deux décennies et s’est imposé dans notre quotidien sous des formes diverses appelées outils numériques dont font partie, nos ordinateurs, téléphones portables, écrans plats, appareils photos, modes de paiements, GPS etc.…

Ainsi, le numérique s’est immiscé dans pratiquement tous les métiers, les services, s’est approprié toutes les technologies, le son, l’image, a envahi notre société de consommation, s’est dilué dans nos pratiques au point d’être parfois un peu difficile à cerner.

D’un point de vue plus technique, “le numérique est un langage composé de chiffres, un code. Les codes inventés pour que les machines numériques communiquent entre elles ou pour que les informations numériques soient enregistrées sont en mode binaire, uniquement constitué de 0 et de 1. Ce sont les seules informations que les machines numériques comprennent”.
Et notre société, que comprend-elle de cette nouvelle révolution et comment peut-elle l’appréhender pour lui donner tout son sens ?

Si l’on se penche sur l’histoire, chaque société a vécu des bouleversements et des évolutions qui ont quasiment toujours suscité des peurs et des réticences. Ces peurs ont accompagné l’histoire de l’humanité et ont parfois mis des freins au progrès. Le sentiment d’inconnu, de non maîtrise, a bien souvent  fait réagir l’homme avec méfiance et défiance.  Notre ère moderne n’échappe pas à la règle mais face à la révolution numérique, n’est-il pas temps de se poser les bonnes questions ?

 

L’ESSentiel a demandé à Guillaume Riffaud et Vincent Péchaud du Tiers-lieu La Smalah* de nous livrer leur vision du numérique et ses possibles

Il faut inscrire le numérique dans l’histoire des sociétés et des techniques au fil des civilisations. Socrate était contre l’ancêtre du livre, au prétexte que si la pensée sortait du cerveau pour être mise dans un livre, cela rendait l’esprit moins agile. Platon, quant à lui, a fait le choix du livre et a apposé sur le papier toute la pensée de Socrate telle qu’elle nous est parvenue aujourd’hui… quand l’impression est arrivée il y a eu des débats, allait-elle détruire le travail des moines trappistes, toute une tradition et toute une maîtrise du savoir, puisqu’on sortait la culture de ses lieux de prescriptions qu’étaient les monastères, comme si on touchait au sacré … tout au long de l’histoire, chaque fois qu’il y a eu des grands moments qui touchaient aux techniques, aux technologies, aux sciences, à la culture, au savoir et en l’occurrence à l’écrit, il y a eu de grands débats. Aujourd’hui on perçoit le numérique comme une révolution industrielle, une automatisation, comme ce fut le cas au 18 ème siècle avec la canard digérateur de Vaucanson, devenu le 1er automate et véritable attraction montrée à la cour de Versailles. Tout d’abord perçu comme un gadget il a néanmoins donné lieu à l’automatisation, puis est arrivée la révolution industrielle, ensuite les manufactures devenues des usines…

 

Comment faut-il appréhender le numérique et comment percevez-vous cette nouvelle révolution technologique ?

Aujourd’hui on perçoit le numérique  comme une révolution industrielle, une révolution technique, scientifique mais aussi une révolution en termes de société, ce qui induit des modifications dans notre manière de penser. Le numérique constitue une vraie révolution dans le domaine du savoir, de la transmission du savoir et du partage du savoir. N’importe qui dans le monde, quel que soit l’endroit de la planète ou le lieu,  a accès à l’information grâce à son téléphone, mais cette révolution n’est pas neutre. Que signifie-t-elle  en termes de savoir, d’éducation, d’information, de relation entre parents et enfants, professeurs et élèves… Chaque époque a connu des bouleversements et là on est en plein dedans,  il est temps de se saisir de cela et de réfléchir à ce que l’on veut en faire dans le domaine du savoir, dans notre société.

 

Et qu’en est-il sur le plan économique dans ce monde en mouvement ?

C’est bien sûr une révolution en termes économique puisque selon certaines études, plutôt pessimistes, le numérique devrait détruire 50% des emplois mais quoiqu’il arrive, même s’il détruit des emplois, cette réalité doit nous obliger à réfléchir sur la place du travail, de l’activité dans notre société, et nous obliger à repenser notre système social.  Par exemple, lorsqu’un salarié travaille nous  payons des cotisations sociales  donc, si 40% ou 50% des emplois disparaissent, les cotisations sociales seront diminuées d’autant ; ce qui exige de tout repenser, dont le système des retraites etc.. Il faut inscrire le numérique dans une histoire qui est celle de l’humanité, qui est celle des techniques. C’est une révolution nouvelle comme il y en a eu tant d’autres, nous y sommes confrontés mais la différence est qu’elle est arrivée beaucoup plus vite que toutes les autres. Il a fallu des siècles et des siècles avant que tout le monde sache écrire, il a fallu des siècles et des siècles avant que tout le monde ait accès au livre alors qu’il a fallu moins de 20 ans pour que tout le monde ait accès à internet. Donc il y a une urgence à la porter collectivement.

 

Cette première rencontre à Castets porte sur l’innovation et les savoirs partagés, comment l’outil numérique peut-il agir dans un territoire comme les Landes ?

On ne peut pas porter cette révolution numérique tout seul mais on se dit que dans des territoires ruraux comme le nôtre, il faut que nous pensions cette révolution,  et que nous la pensions pour pouvoir agir, réagir et penser demain collectivement. On a appelé notre événement ‘Landes demain’ parce qu’il ne s’agit pas juste de réagir à une révolution qui nous contraint, il s’agit d’essayer de penser l’avenir à partir de cette révolution et non d’être simples témoins d’une espèce de défaite de la pensée,  de la société, en nous disant que le numérique est partout, qu’il détruit des emplois et de l’accepter comme une fatalité. On a plutôt  intérêt à mêler la réflexion sur l’avenir avec une réflexion sur le numérique.  Il est important de lier étroitement entre eux des mots comme le lien social, l’ESS, la solidarité et le numérique, justement parce que l’outil numérique est à l’origine d’une nouvelle révolution, mais il faut aussi prendre conscience qu’il n’est aussi qu’un outil, donc ce n’est pas lui qui doit mettre au pas le modèle de notre société. Ce qui soulève également la question du modèle de société que nous voulons construire, peut-être est-ce un modèle dans lequel toutes les tâches les plus pénibles seront faites par la machine, donc il faut réfléchir et se poser les questions suivantes : au service de quoi voulons-nous mettre cette révolution, au service de quoi voulons-nous mettre cet outil ? Dans les Landes la question de la ruralité nécessite des réponses adaptées.

 

La révolution numérique amènera-t-elle une révolution sociale et changera-t-elle notre échelle de valeurs dans la société de demain ?

Certains pensent que numérique doit améliorer le marketing, le business, les profits, alors que pour nous le numérique doit plutôt être mis au service de la mobilité, servir à améliorer les services de santé, l’éducation, bref se mettre au service de notre société…  Cela passe immanquablement par une vision critique de cette révolution pour la comprendre, l’analyser, générer l’esprit critique, le discernement chez les enfants pour qu’ils puissent utiliser au mieux cet outil. Ce qui nous importe c’est de voir comment les enfants se comportent avec ces outils.
Le numérique doit informer les gens mais il s’agit aussi de développer des services en lien avec la cohésion sociale, ce qui est par exemple la vocation des espaces de co-working. Parfois les gens ne voient pas le lien entre un tiers lieu et le numérique, le lien c’est justement de dire que le numérique doit rassembler les gens et faire en sorte qu’ils se rencontrent notamment dans des espaces dédiés pour rompre l’isolement.  Ce qui nous intéresse c’est de développer des usages du numérique au service de la cohésion sociale.

 

Le 7 et le 8 octobre, ‘Landes Demain’ ouvrira le débat  sur un certain nombre de questionnements : Le numérique peut-il améliorer l’attractivité des territoires? Comment? Peut-il aider les relations entre personnes, faciliter la mobilité, créer du lien social, booster le développement économique? N’est-il pas porteur de danger? Notamment pour la jeunesse? Quelles opportunités offre-t-il pour nos enfants? Est-il compatible avec des objectifs de préservation de l’environnement? Quels avantages pourraient en tirer des associations…
Autant de points de réflexion inscrits à l’ordre du jour de ce 1er rendez-vous, sur fond d’échanges, de conférences, de débats et d’ateliers afin  d’imaginer ensemble des solutions. Mais pour nourrir la réflexion,  la Smalah a également fait appel à des acteurs du territoire, porteurs de solutions concrètes ou de solutions déjà mises en place en milieu rural :  On a essayé de trouver des porteurs de projets qui illustrent parfaitement ce sur quoi se fonde notre réflexion… donc avec des solutions qui peuvent s’appliquer aux particularités de notre territoire et répondre aux problématiques que nous rencontrons tous les jours.  La question ‘le numérique pour vaincre l’isolement ‘ est au cœur de la réflexion de Landes Demain.

 

Le tiers-lieu la  Smalah, dédié à l’éducation et à la formation au numérique, s’est assurément emparé de cette révolution multi-échelle/multi-formes, qui s’insinue dans la totalité de nos activités humaines et influence nos modes de vie, pour trouver des réponses pertinentes aux défis sociétaux de demain, en développer les bons usages et faire en sorte qu’elle soit le meilleur des remèdes et non le poison annoncé par certains.

 

Nicole Morgan

 

 

Landes Demain le 7 et le 8 octobre à  Castets (40)
7 octobre : Salle des fêtes
8 octobre : Pôle Emile Vignes

Site de La Smalah : http://www.la-smalah.com/
Le blog :  http://blog.la-smalah.com/
Contact : contact@la-smalah.com
Sauce Ouest : Facebook

* La Smalah est un lieu créé à l’initiative de deux amis (Olivier Le Blévec et Guillaume Riffaud) et un projet de l’association Sauce Ouest (association Loi 1901 à but non lucratif). Elle avait au départ pour objet de  participer au développement culturel, économique et social de la commune de Saint-Julien, d’encourager concrètement les activités locales allant dans le sens du développement social, de la solidarité, de la valorisation du patrimoine et de la protection de I’environnement, de se faire porte-voix des initiatives économiques, sociales ou culturelles, portées par les habitants de la commune, et d’être un laboratoire d’idées collaboratif pour vivifier le tissu social local.

L’animation de la Smalah est supervisée par Guillaume Riffaud, Vincent Péchaud et Deniz Orçun, sans oublier Sébastien L’aiguille, un animateur qui travaille sur les ateliers d’éducation aux médias et d’initiation au code informatique.

 

Credit
Photo : La Smalah
Définition du numérique 

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