Brexit – entre causes et interrogations multiples…

Le Brexit pose un certain nombre de questions sur la pérennité de l’Europe et bien sûr, dans l’immédiat, sur son mode de fonctionnement.

C’est en filigrane ce que propose l’un des bâtisseurs de l’Europe, Valéry Ciscard D’Estaing, dans on ouvrage paru en 2014 et intitulé Europa, la dernière chance de l’Europe, lequel  a reçu le prix du Livre d’Economie. Le projet Europa dresse un constat objectif sur les failles européennes et apporte des réponses au profond malaise concernant le fonctionnement des institutions, l’absence de résultats durant ces huit dernières années de crise, dénonce le lobby européen de Bruxelles pour l’élargissement de l’Europe qui rend le système de plus en plus ingouvernable, le fragilise et qui en accentue les disparités culturelles, stimule le retour aux préférences nationales et impacte gravement notre société. Valery Giscard d’Estaing y défend notamment l’option d’une Fédération d’Etats-nations qui regrouperait, dans un premier temps, 12 pays. Force est de constater que le malaise européen est de plus en plus sensible et qu’il faut assurément revoir la copie en tenant davantage compte de la souffrance exprimée par les peuples.

 

Lorsque les mots traduisent les maux

Si l’on observe les réactions, si l’on tend l’oreille d’un point de vue citoyen, il règne à l’évidence une confusion dans les esprits quant aux motifs du rejet européen et si l’on y regarde de plus près, la plupart des britanniques ne sont pas contre l’Europe mais contre une certaine conception de l’Europe, laquelle semble avoir bien dérivé de ses intentions premières.
Les raisons de la colère populaire ayant mené au Brexit reposent sur une conjugaison de facteurs, dont les plus cités sont les facteurs économiques et politiques, mais il existe des causes plus profondes, enracinées dans le quotidien des gens en proie au mal-être social. Ce mal-être va grandissant et aucun politique ne semble l’appréhender avec sérieux, l’admettre ou pire s’y intéresser réellement. Et pourtant, les sentiments d’insécurité, de fragilité, de précarité sont bien palpables. La peur du lendemain s’est insinuée dans nos vies presque à notre insu. Elle semble même s’être  substituée à la foi que l’on peut avoir en l’avenir, altérant bien évidemment au passage notre bien-être, notre quiétude, notre optimisme et même parfois nos rêves, entraînant dans son sillage d’autres états pernicieux pour notre équilibre, comme la fragilité et la précarité, notamment  liées au chômage, toutes générations et professions confondues.
Le pire étant, sans doute, l’absence de perspectives, d’amélioration, le tout vécu comme un terrible leg pour nos enfants avec en toile de fond une crise à laquelle aucun politique ne semble avoir de solutions, en dépit des sacrifices demandés et dont on ne sait à quoi ils serviront, alors que les richesses semblent profiter aux mêmes, aux plus riches, renforçant le creuset social et exacerbant désormais les colères les plus vives. S’ajoute à cela un flot migratoire hémorragique, véritable désastre humain, face auquel l’Europe semble bien dépassée, et avec elle les classes politiques qui la composent. Et que dire de l’absence d’écoute souvent synonyme d’absence d’intérêt face à la détresse exprimée, exception faite des temps électoraux où de nouvelles promesses fusent… Le plus inquiétant est de constater à quel point les individus peuvent être poussés, malgré eux, dans leurs retranchements les plus intimes, ouvrant la brèche à toutes formes de réactions au lieu de les inciter à être dans des actions constructives plus tempérées. Cette addition de maux, s’est traduite au Royaume uni par un mot “exit” (sortie), en guise de réponse-rejet à l’ultime détresse, car l’effet domino nous guette et avec lui ses conséquences. Où est donc passée l’Europe voulue par ses fondateurs, laquelle devait constituer une puissance économique, garante de paix, dans un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux serait assurée ?

 

Des conséquences en chaîne

L’axe économique a occupé l’essentiel du débat, comme s’il était l’unique centre des préoccupations avec des prévisionnels plus ou moins optimistes selon les experts, évaluant, pour le Royaume-Uni, un produit intérieur brut oscillant entre -2,2% et +1,6% à l’horizon 2030 . Les uns y voient un retour au protectionnisme, d’autres espèrent une politique fondée sur des ententes commerciales libérales avec l’UE et le reste du monde. Reste à trouver la meilleure modélisation compatible avec la sérénité et la liberté souveraine espérées par les partisans du “leave”.

Mais une autre réalité se dessine, celle des répercussions en chaîne sur bien d’autres aspects de la vie courante, aussi bien chez les britanniques que dans les autres pays européens, selon la nature des échanges. En voici quelques exemples… Que va-t-il advenir des expats ? En effet, près de trois millions d’expatriés issus de l’UE vivent actuellement en Grande Bretagne, dont 130 000 français, alors que 400 000 sujets britanniques vivent en France. Qu’ils soient britanniques, français ou issus d’autres pays de l’UE, le flou s’installe désormais sur la manière dont cet aspect sera géré. Faudra t-il par exemple adopter la nationalité du pays où l’on réside, sera-t-il possible de conserver la sienne sur la durée ou faudra-t-il revenir aux permis de travail renouvelables.  Et que dire des retraites, des accords sur le plan de la santé entre pays, des droits, de l’achat de biens etc… Cela paraît compliqué au vu de certaines professions dans notre monde en perpétuel mouvement.

Mais d’autres champs sont également concernés et doivent être revus, tels que la politique sécuritaire de lutte contre le terrorisme, le partage du renseignement ou encore les secteurs de l’innovation, des énergies, du tourisme, de l’éducation, de la recherche scientifique, de l’environnement ou de l’agriculture avec la PAC (politique agricole commune) à l’horizon 2014-2020.  Même le milieu sportif pourrait être impacté via les clubs de haut niveau et les contrats de joueurs issus des pays membres, pour ne citer que quelques aspects … Au coeur des problématiques à résoudre, les fonds européens versés (sport, culture, agriculture, recherche…), la libre circulation des peuples, les collaborations en termes universitaires comme par exemple Erasmus ou bien celles dans le domaine de la recherche, les législations communes pour notamment niveler la concurrence, ou encore le tourisme puisque certaines compagnies low-cost risquent fort de revoir leurs destinations.

 

Le processus pour quitter l’UE prendra des années, certains prédisent 10 ans pour tout détricoter

L’Article 50 du traité sur l’Union européenne prévoit les procédures à suivre pour qu’un Etat membre puisse se retirer de l’UE. Il exige de l’État membre de notifier à l’UE son retrait et oblige l’UE à essayer ensuite de négocier un accord de retrait avec cet état.

Une fois que la Grande-Bretagne aura invoqué l’article 50, aux alentours du mois de septembre selon les souhaits de David Cameron, elle aura environ deux ans pour négocier un nouveau traité afin de remplacer les termes de l’adhésion. Les dirigeants britanniques et européens auront à répondre à des questions comme les tarifs douaniers, la migration et l’ensemble des réglementations.

Dans le meilleur des cas, la Grande-Bretagne pourrait négocier l’accès au marché européen. La Norvège, par exemple, n’est pas membre de l’UE, mais a accepté de se conformer à un certain nombre de règles de l’UE en échange d’un accès favorable au marché commun européen.

Sur son blog, Richard Branson, le PDG de Virgin, connu pour sa réussite mais aussi pour sa vision très sociale de l’entreprise, son humanisme et ses diverses implications philanthropiques, déplore les conséquences sociales et économiques du retrait de l’UE de son pays mais invite le Royaume-Uni à miser sur ses qualités ancestrales et notamment à  l’unité. “Désormais, l’heure n’est plus aux plaintes et à la colère. Il est temps maintenant de se souder en tant que nation et de guérir les blessures causées par le ton de discorde et de rhétorique agressive qui a dominé cette campagne. Le Royaume-Uni et son étonnant peuple résilient ont résisté à de nombreuses tempêtes – avec détermination, avec volonté et au nom de ce qui est juste. Ces qualités seront nécessaires au cours des mois de tests pour appréhender les années à venir.”

Ces mots sont sans doute la vision la plus juste de ce qui doit occuper les esprits dans les mois qui viennent, tant pour les britanniques que tout citoyen européen, car l’unité préserve des dérives et comme le souligne Richard Branson en s’appuyant sur une citation de la députée assassinée Joe Cox “nous sommes bien plus unis et avons bien plus en commun les uns et les autres que de choses qui nous divisent“.
Nicole Morgan

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