Bien choisir sa plateforme de crowdfunding

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Bien choisir sa plateforme de crowdfunding

En 2017, les plateformes de crowdfunding ont permis aux porteurs de projets de récolter près de 336 millions d’euros, soit 102 millions de plus que l’année précédente. Si le financement participatif connaît un véritable essor, c’est grâce au bon fonctionnement des plateformes. Présentation.

Il séduit de plus en plus les porteurs de projets ! Le financement participatif, que l’on appelle aussi le crowdfunding, s’impose aujourd’hui comme la solution pour lever des fonds, dans le cadre du lancement ou du développement d’une activité.

D’après le dernier baromètre du crowdfunding, les fonds récoltés grâce au financement participatif par don, par prêt (crowdlending) ou par investissement (equity crowdfunding) ne cessent de s’accroître : 167 millions de fonds en 2015, 234 millions en 2016, et 336 millions en 2017. Selon Cécilia Adam, administratrice de l’Agence CAP!, un cabinet de conseil en crowdfunding, “si le crowdfunding fonctionne aussi bien, c’est grâce à la qualité du travail développé en France par nos plateformes de financement participatif. La France est l’un des pays les plus développés en matière de crowdfunding. Les deux plateformes leaders en Europe sont d’ailleurs françaises : il s’agit des plateformes Ulule et KissKissBankBank.”

Don, crédit, investissement: trois formules

Ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans une campagne, c’est qu’il existe trois formes différentes de crowdfunding. Tout d’abord, il y a la famille du financement participatif par don. “C’est une forme qui est née au XVIIIe siècle, à travers la charité. L’un des premiers projets à avoir été financé de la sorte fut la Statue de la Liberté, à la fin du XIXe, précise le spécialiste du crowdfunding, Marc Frachet. Aujourd’hui, le crowdfunding par don peut se faire avec ou sans contrepartie, c’est-à-dire, qu’en échange du don fait par le contributeur, on peut proposer ou non une récompense. C’est une façon pour le porteur de projet, de motiver davantage ses contributeurs.” Ensuite, il y a le crowdlending. Il s’agit d’un financement participatif qui fonctionne par prêt. Il peut se faire avec ou sans intérêts. “Les banques étant frileuses envers les porteurs de projets, le crowdlending est une alternative possible”,  ajoute le spécialiste du financement participatif. Enfin, il y a l’equity crowdfunding ou le crowdinvesting. Cette dernière forme consiste à lever des fonds auprès d’un groupe de particuliers qui investit de l’argent en l’échange d’actions.

Extrait de l’étude réalisée par KPMG pour Financement Participatif France. © DR

Pour pouvoir choisir sa plateforme, il faut identifier le financement participatif qui correspond le mieux à sa campagne. “C’est souvent le problème des porteurs de projets” commente d’ailleurs l’administratrice de l’Agence CAP !. En effet, si vous souhaitez par exemple, faire une campagne de crowdlending, il ne faudra pas proposer son projet à Ulule, ou encore à KissKissBankBank, qui sont des plateformes de dons. Il faudra s’orienter vers Unilend, Lendopolis ou encore An

axago. Pour les plateformes d’equity crowdfunding, il existe par exemple Wiseed ou encore Finple. Certaines plateformes sont même spécialisées en fonction d’un secteur d’activité : Babyloan propose par exemple du prêt social et solidaire, Miimosa s’adresse aux donneurs et aux prêteurs dans le secteur de l’agriculture. “Le nombre de plateformes de crowdfunding étant difficilement quantifiable, il est conseillé de choisir une plateforme labellisée par l’association qui rassemble les plateformes de crowdfunding, Financement Participatif France”, recommande Géraldine Gradel, gérante co-fondatrice de l’agence d’accompagnement en crowdfunding, Noaxica.

Autre problématique rencontrée par les plateformes : le manque de connaissances des porteurs de projets. “Certains d’entre eux n’ont pas encore bien acquis la notion de crowdfunding et pensent que le crowdfunding peut financer des projets personnels”, témoigne le Sucess Manager de Ulule, Jean Ivanoff. Dans d’autres cas, le crowdfunding est assimilé à la publicité : “Parmi les personnes que nous avons pu accompagner, beaucoup confondent le crowdfunding avec une campagne de publicité. C’est pour cela qu’il est important de bien travailler sa campagne de financement participatif avant de la lancer. Il ne suffit pas de griffonner quelques idées sur un bout de papier”, indique Cécilia Adam.

Une plateforme, comment ça marche ?

La première étape pour le porteur de projet est de s’inscrire sur la plateforme, de remplir les différents champs (proposition du projet, le besoin de financements, les idées du projet, les contreparties possibles du contributeur, et les références du porteur de projet), et de déposer son dossier. Ensuite, le dossier sera étudié, puis validé ou non par la plateforme. “Chez Ulule, pour que votre projet soit accepté, il faut qu’il soit cohérent avec l’identité de notre plateforme. Nous soutenons tout type de projets à partir du moment ou sa portée est innovante, solidaire ou collective”, explique Jean Ivanoff.

La préparation d’un dossier peut s’avérer très longue et fastidieuse. “Si certaines plateformes demandent une liste de pièces à fournir, d’autres sont beaucoup plus strictes et demandent deux à trois ans d’ancienneté”, alerte l’administratrice de l’Agence CAP!. Cela se fait notamment pour certaines plateformes de crowdlending : Unilend exige par exemple trois bilans de l’entreprise. Contenu le nombre de projets présents sur une plateforme, l’accompagnement personnel de chaque plateforme demeure impossible.

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Cependant, pendant la préparation de la campagne, un suivi se fait. Si quelque chose ne va pas dans votre dossier, la plateforme va, dans le meilleur des cas, vous expliquer ce qu’il faut changer et dans le pire des cas, vous réorienter vers une agence de conseil. “Chez Ulule, la préparation de la campagne de crowdfunding s’accompagne de différentes façons : nous pouvons convenir d’un rendez-vous physique ou téléphonique, pendant lequel nous analysons le projet. Nous sommes la seule plateforme à proposer une boutique physique. De ce fait, nous organisons des évènements et formations présentielles. Etant donné que la boutique Ulule est située à Paris, et que nos porteurs de projets viennent de toute la France, nous proposons également des formations en ligne”, développe le Success Manager de la plateforme généraliste.

Un modèle économique sécurisé

Pour pouvoir faire du crowdfunding, une plateforme doit disposer d’un modèle économique rigoureux. Chaque plateforme dispose de deux comptes bancaires distincts : le premier est lié au chiffre d’affaires de la plateforme, le second aux fonds versés sur la plateforme. “Lorsqu’un utilisateur s’inscrit sur une plateforme, un compte séquestre est automatiquement créé. Si le porteur de projet atteint les fonds qu’il a demandé, l’argent lui sera alors versé. Si ce n’est pas le cas, il sera rendu aux contributeurs”, précise Géraldine Gradel. Ainsi, si une plateforme de crowdfunding fait faillite, le porteur de projet et les contributeurs seront protégés.

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que les plateformes de crowdfunding ne sont juridiquement pas habilitées à réaliser des transactions bancaires. “Nous n’avons pas le droit de virer des fonds. De ce fait, les plateformes font appel à des prestataires de services de paiement comme Mangopay, indique Jean Ivanoff. Nous fonctionnons sur un modèle de commission qui est pris sur les collectes terminées avec succès. Le taux est de 8% TTC pour les plateformes : une partie est versée à notre prestataire bancaire, l’autre partie nous revient”, ajoute le Success Manager d’Ulule.  

Du côté des contributeurs, même si la majorité des dons se fait par carte bleue, il est possible sur certaines plateformes, de payer avec PayPal ou par chèque. La commission sera alors un peu différente. Chez Ulule par exemple, la commission prise sur les fonds collectés par chèque/virement ou avec PayPal s’élève à 5% TTC, contre 8% TTC pour les fonds collectés par carte bancaire. “Aujourd’hui, notre modèle économique est viable. Le taux de réussite des projets de notre plateforme est de 65%. Cela permet de dégager une certaine marge. Bien évidemment, lorsque nous nous sommes lancés, la difficulté était de trouver plusieurs porteurs de projets” , conclut Jean Ivanoff.

Mimosa s’est associé à Carrefour. © DR

Malgré la rentabilité du crowdfunding, on observe une récupération des plateformes par les banques au cours de ces dernières années. Celle-ci affecte les trois secteurs du crowdfunding : En equity crowdfunding, la plateforme Wiseed est devenue “partenaire privilégié” de BNP Paribas (2014), puis du Crédit Coopératif (2015). Dans le secteur du crowdlending, Unilend collabore avec Groupama Banque depuis 2015. Enfin, dans le financement participatif par don, KissKissBankBank a été racheté par la Banque Postale (2017). “Ce qu’il faut toutefois rappeler, c’est que le crowdfunding est né car les banques ne voulaient plus financer l’économie réelle, parce qu’elles avaient peur de la situation des entrepreneur. Pendant longtemps, les banques et les plateformes de crowdfunding étaient considérées comme complémentaires. Depuis que ce phénomène est devenu populaire, les banques rachètent ou créent de plus en plus de plateformes de financement participatif. Il faut à présent veiller à ce que le crowdfunding ne devienne pas un billet pour emprunter de l’argent à sa banque”, conclut Cécilia Adam de l’Agence CAP!.

Sabrina Alves

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