Beau comme Bowie avait écrit Gainsbourg

Beau comme Bowie avait écrit Gainsbourg

Il a transcendé la musique, l’art et les modes… David Bowie tire sa révérence à 69 ans, après 50 ans de carrière. Sa disparition laisse le monde sans voix, nous prenant par surprise à l’image de tout ce qu’il a entrepris dans sa carrière. Le Dandy du Rock aux multiples visages est parti sur la pointe des pieds avec cette élégance qui le caractérisait tant.

David Bowie, l’auteur-compositeur, homme de cinéma, de théâtre, artiste peintre, infiniment caméléon, polyvalent et prospectif et dont l’empreinte musicale n’avait eu de cesse de se renouveler au fil du temps, a influencé des générations de musiciens, donné de la puissance au drame, aux images ainsi qu’à ses personnages multifacettes. Il nous a quitté dimanche, deux jours après son 69ème anniversaire, en nous laissant pudiquement un dernier message singulier et émouvant, celui de Blackstar, son ultime album.

Sa mort a été confirmée par son agent, Steve Martin, lundi matin. Aucun autre détail n’a été fourni, exception faite du communiqué laissé son compte officiel sur Facebook, avec cette simple phrase. “David Bowie est mort paisiblement aujourd’hui entouré de sa famille,” nous expliquant qu’un maudit crabe avait eu raison de sa légendaire énergie.

Son dernier album, “Blackstar“, est sorti vendredi dernier – jour de son anniversaire. L’intégralité des recettes de cet album seront reversées à la lutte contre le cancer.
Un concert sera donné à sa mémoire au Carnegie Hall le 31 Mars avec nombre de stars à l’affiche dont les Roots, Cyndi Lauper et The Mountain Goats.

Il avait également très étroitement collaboré à une comédie musicale de l’Off-Broadway “Lazare”, qui n’était rien de plu que la suite du film surréaliste de 1976 qui avait définitivement scellé son rôle à l’écran.

Evoquer en peu de mots les étapes de la vie d’une star devenue une icône planétaire est plus que complexe, surtout lorsque la carrière traverse quelques décennies. Et quand en prime, le trait majeur de l’intéressé s’inscrit dans une mutation perpétuelle, le portrait échappe aux règles habituelles et ne s’accommode d’aucune des cases dans lesquelles on aime enfermer les gens pour mieux les caractériser. Pas d’amalgame possible et c’est tant mieux. D’où un portrait par petites touches, tel un miroir brisé dont les éclats seraient autant de possibles et de perspectives…

Les débuts dans les années 70

Que de souvenirs pour la vieille dame qui habite en face du numéro 40 Stanfield Road à Brixton, au sud de Londres. Elle en a même assez. Inlassablement chaque année, chaque mois, chaque semaine et même presque chaque jour, depuis des décennies, des kids et des fans irréductibles, fidèles quelles que soient les métamorphoses de leur idole, viennent en pèlerinage avec mélancolie ou curiosité, en quête d’on ne sait quelle apparition. Et pourtant cette façade n’a rien d’exceptionnel, elle ressemble aux autres façades de briques sombres, omniprésentes dans la banlieue londonienne. Certains se risquent à quelques graffitis tels que “Liz was here” ou “I love Bowie“, et la vieille dame fait inlassablement barrage, quittant sa fenêtre à temps pour éviter les crépitements des flash  et autres assauts devenus invasifs. Au fil des années elle en a vu défiler des mômes, et des plus bizarres. Toutes les générations se sont succédé : des cheveux longs aux idées peace and love, des glitter kids au bottes argentées et semelles compensées (les célèbres platform boots), des héros de science-fiction aux cheveux rouges et aux visages outrageusement maquillés. C’était l’époque du swinging London, tremplin de toutes les modes et de toutes les audaces dans lesquelles s’insinuait déjà le courant Punk.

 

La passion de la musique

Elle se souvient aussi de l’époque “simili-Thin White Duke” de 76 et un peu plus tard, de ces spectres punkies bardés de cuir, d’épingles à nourrice et de badges.
La vieille dame garde encore en mémoire l’arrivée discrète de ces deux anglais non mariés. Elle, Margaret Mary Burns, qui a déjà un fils prénommé TERRY, né d’un premier mariage. Lui, Haywood Stenton Jones. Le 8 janvier 1947, Margaret lui donne un fils : David Robert Jones.

En 1963, il a 16 ans et envoûte déjà ceux qui le côtoient, et parmi eux, un dénommé Peter Frampton avec lequel il partage non seulement la même “Technical High School” mais aussi une certaine passion pour la musique. Peter appartient aux Little Ravens. David joue du sax dans un groupe aux orientations Jazz qui porte le nom de George and the Dragons.
Nul n’oubliera cette bagarre dans les rues de Bromley qui lui valut à jamais le regard le plus saisissant et étrange du Rock’n’Roll avec d’un côté un oeil vert doté d’une pupille en mydriase et de l’autre un oeil bleu. Le petit Jones devait ce charme quelque peu félin et indéfinissable à une lame malencontreuse qui eut pour effet de transformer en David Jones en David Bowie (Bowie signifiant lame). Charme ou génie ? Une certitude, David Bowie a su marquer par son originalité et ses défis permanents, des générations successives grâce à sa touche unique. Que l’on soit fan ou pas, nous avons bien en mémoire, une de ses chansons liée à nos propres souvenirs.

Tour à tour, avant-gardiste, témoin de son temps, rebelle, provocateur ou audacieux, David Bowie n’a pas seulement eu l’étoffe d’un visionnaire comme Dylan, s’un saint comme Springsteen, d’un original comme Elton John, d’un mystique-poète comme Morrison, d’un novateur comme Hendrix, d’un malin comme Jagger, d’un instinctif comme Iggy Pop… Il était tout cela à la fois. De David Jones à David Bowie, en passant par un Ziggy mis à mort pour mieux renaître de ses cendres tel le Poenix, le personnage a généré, d’époque en époque, autant de mythes que de personnalités, tantôt avec grandeur et élégance ou parfois avec insolence et extravagance.
Sans lui, il n’y aurait eu ni guitare araignée, ni punktitude, ni New Wave, ni groupes androgynes”  reconnaissent unanimement les magnats du disque.

D’arrogance en défaites, d’excès de cocaïne en mythologie irraisonnée, de mélodie majestueuses en dimensions épiques, d’ego mal assumé en paranoïa désespérée, et de résurrection miraculeuse en maître incontesté de l’art et des modes, Bowie a exacerbé ses propres doutes. Traversant les ans et les âges avec la même “fascination” troublante. Incarnant à perfection l’outrage “J’ai toujours utilisé le rock’n’ roll sans vraiment le vivre ni vraiment le ressentir. Je l’utilise. C’est un canevas agréable. Il reflète l’image indiscrète de ce que je suis au plus profond de moi, c’est un miroir réfléchissant du temps… Ce n’est pas un décor mais un sentiment qui submerge et envahit tout” confiait-il lors d’une interview il y a quelques années.

Avec le temps, l’insécurité a fait place à la sagesse. Celle qu’il aimait retrouver parfois dans les matins glacés de quelque monastère Zen à Kyoto. David s’est, du coup, insinué dans nos vies, notre jeunesse, notre histoire car, à sa manière, il était unique.

 

Ultime cadeau

David Bowie nous livre avec pudeur son dernier message dans Blackstar, un album au contenu énigmatique et exploratoire, né d’une collaboration avec un quatuor de jazz. Qui aurait imaginé qu’il faille lire entre les lignes et comprendre que son contenu faisait presque office de testament. Les paroles sont loufoques, mais beaucoup de britanniques, en particulier les Londoniens, sauront en décrypter chaque mot. L’album débute avec une chanson-titre de 10 minutes, surréaliste, qui vous saisit. Elle est composée, à la base, de deux morceaux complètement dissociés, ultérieurement rassemblés en studio. Le titre fait référence à une “bougie solitaire”. Blackstar  nous renvoie à la dualité de l’être, sorte de collision dans l’âme retrouvée dans l’album sur fond de solos de jazz imprévisibles, de mélodies plus fougueuses, d’histoires intemporelles. L’Album est saisissant, annonciateur, car la flamme solitaire qui s’avouait à demi-mots vacillante, c’était la sienne.

 

 

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