Prince, une légende nous quitte

Prince, une légende nous quitte

Prince Rogers Nelson plus simplement connu sous le nom de Prince, l’auteur-compositeur révolutionnaire de titres inoubliables comme “Kiss” et “Purple Rain”, chanteur, producteur, homme de studio et showman hors pair, est décédé jeudi 21 avril à son domicile, à Chanhassen, dans le Minnesota. Il avait 57 ans.

https://www.youtube.com/watch?v=F8BMm6Jn6oU

 

L’annonce a saisi tout le monde de stupeur hier lorsque l’agent de Prince, Yvette Noel-Schure, annonce la triste nouvelle – l’artiste est décédé dans sa résidence Paislay Park, sans cause apparente. Peu de temps avant cette annonce, le shérif du comté de Carver, Jim Olson, avait en effet déclaré que “les secours avaient été appelés à 09h43 et qu’à son arrivée le personnel médical avait trouvé un homme adulte inanimé dans un ascenseur, sans en préciser l’identité, et qu’en dépit des soins prodigués ce dernier n’avait pu être ranimé. Le décès ayant été déclaré à 10h07″. Toutefois le bureau du shérif avait ajouté qu’il poursuivrait l’enquête sur cette mort inexpliquée. Un décès peut-être en lien avec un événement survenu la semaine dernière puisque, au retour d’un concert à Atlanta, l’équipage de l’avion de Prince avait dû procéder à un atterrissage d’urgence en raison de l’état de santé de l’artiste qui avait été transporté à l’hôpital suite à une mauvaise grippe et une forte fièvre.

Avant-gardiste et multi-instrumentiste

Prince-Rogers Nelson est né à Minneapolis en 1958,  fils de John L. Nelson, un musicien dont le nom de scène était Prince Rogers, et de Mattie Della Shaw, une chanteuse de jazz. Cette immersion musicale, dès son plus jeune âge, a incontestablement marqué ses influences musicales. Très tôt, il apprend à jouer de plusieurs instruments et forge son éclectisme doublé d’un talent inné. “Je pense que l’on est toujours en mesure de faire ce que notre oreille nous dicte,” écrit-il dans le journal de son école.

L’alchimiste Prince, souvent taxé d’excentrique, tout aussi à l’aise dans des salles intimistes que dans des stades surchauffés, a vendu en quelques décennies des dizaines de millions d’albums dans le monde entier. L’artiste avait notamment conquis le titre de superstar avec la sortie de son album phare “Purple Rain”. Cet album vendu à des millions d’exemplaires était resté 24 semaines consécutives au sommet du convoité Billboard 200, notamment avec des chansons telles que  “When Doves Cry” et “Let’s Go Crazy.”

https://www.youtube.com/watch?v=MJDuGjMwsow

Entre Grammy awards et drames personnels

Au cours de sa carrière, ponctuée par sept Grammy awards, Prince a souvent dominé le Top 10 avec des hits comme “Little Red Corvette”, “When Doves Cry”, “Go Crazy Let”, “Kiss” et “The Most Beautiful Girl in the World”; ou encore avec des albums comme “Dirty Mind,” “1999” et ““Sign O’ the Times” marqués par ses engagements. Ses chansons ont également fait l’objet de hits pour d’autres artistes, comme “Nothing Compares 2 U” pour Sinead O’Connor, “Manic Monday” pour le Bangles et “I Feel for You” pour Chaka Khan. Avec le film et l’album “Purple Rain”, en 1984,  il produit une fiction romancée de sa propre histoire : bigarée, talentueuse et spectaculairement ambitieuse tout en restant pudiquement silencieux sur les drames qui la jalonnent, notamment la perte de son unique fils dans les années 90. Dans son répertoire Prince traite de questions sociales, flirte parfois avec le mysticisme et la science-fiction et s’inscrit comme fédérateur des dualités – raciales, sexuelles, musicales, culturelles – autant de thèmes dont il se joue comme dans “Controverse”.

Sa musique lui vaut un Oscar, ses albums se vendent par millions d’exemplaires dans le monde. Nombre de musiciens s’accordent à reconnaître le talent de Prince, jugé avant-gardiste pour sa musique inédite et son influence marquante. Certains s’aventurent à affirmer que sa productivité permettrait de produire, après sa disparition, un album par an pendant un siècle, tant l’artiste est jugé prolifique.

Dans l’esprit de ses fans, Prince laisse le souvenir impérissable d’un homme débordant de génie musical – tout à la fois auteur-compositeur révolutionnaire, virtuose de la guitare, multi-instrusmentiste, aussi à l’aise derrière un clavier qu’à la batterie. Cet architecte du funk, du rock, du R & B et de la pop, qualifié de sex-symbol et de prodige musical aura défié et transcendé tous les genres musicaux. Dans un communiqué, le président Obama a fait part de sa profonde tristesse et rappelé que “Peu d’artistes ont aussi nettement influencé le son et l’évolution de la musique populaire, et touché tant de gens par leur talent.” tout en ajoutant “Il était un instrumentiste virtuose, un guide musical et un artiste électrisant. Un jour Prince a dit – Un esprit fort transcende les règles -,  et il est vrai qu’il n’y avait pas d’esprit plus fort, plus audacieux, ou plus créatif que le sien“.

Prince_1999_singleUn homme libre souvent en opposition avec la politique des labels

Sa musique offrait un brillant kaléidoscope et sa carrière a connu l’intemporalité de la fin des années 1970 avec la sortie de l’album “For You” jusqu’à sa tournée solo “Piano & a Microphone”. Elle aura duré plus de 35 ans. Il a brisé les stéréotypes, notamment sur la race et la sexualité et laisse l’image d’un homme souvent en opposition avec l’industrie du disque et ses pratiques. Au milieu des années 1990, Prince s’engage dans une bataille ouverte avec son label, qui le contraint à sortir des albums aussi rapidement que possible pour terminer son contrat, la qualité en souffre et altère les ventes. Tant et si bien que Prince apparaît avec le mot “esclave” écrit sur son visage ; il se plaint des termes de son contrat et décide en 1993 de changer son nom de scène pour adopter un glyphe imprononçable, qu’il quittera pour retrouver le nom de Prince en  1996 à l’issue de son contrat avec la Warner. “Ce fut une bataille difficile, il a renoncé à son nom … Il y a toujours eu des artistes pour lutter contre le système des labels, et il a probablement fait plus que quiconque auparavant à ce niveau,” reconnait Alex Gale, rédacteur en chef au Billboard “Les artistes ont beaucoup plus de pouvoir aujourd’hui, et je pense qu’ils peuvent remercier Prince pour cela.

Ce changement sera marqué par un triple album “Emancipation”sorti sur son propre label NPG. Lors de son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame en 2004 Prince déclare “Quand j’ai débuté dans l’industrie musicale, j’ai privilégié la liberté. La liberté de produire, la liberté de jouer de tous les instruments sur mes albums, la liberté de dire tout ce que j’avais envie de dire”. Ce même soir, dans un hommage à George Harrison, Prince joue un solo de guitare mémorable, très émouvant “While My Guitar Gently Weeps”.

Sa guitare restera désormais silencieuse mais laisse bien de souvenirs dans le cœur de ses millions de fans électrisés par ses tubes qui, à leur manière, ont décidé de lui rendre un ultime hommage la nuit dernière, relayé dans le monde entier, en reprenant ses chansons ou en dessinant, beaucoup étaient vêtus de la couleur violette (« purple » en anglais), sa couleur fétiche.

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